Psychologie. « Consoler et prendre le temps de comprendre »

Pourquoi est-ce difficile de consoler l'autre ?

Nous disposons de moins de modèles et idéaux religieux, politiques et éthiques. Les croyances permettaient des rituels, des cérémonies, des façons codifiées de se consoler. Sans ces repères, sans ces figures de la transcendance, l'homme est davantage isolé pour trouver sa manière d'apaiser l'autre. Que ce soit dans ses mots ou ses gestes.

L'injonction d'aller mieux, et vite, pèse-t-elle aussi ?

L'homme est poussé vers l'exigence de la performance. Pressé par une société où l'avenir est incertain, il faut guérir vite et passer à autre chose. D'ailleurs, dans l'expression « faire son deuil », l'idée productive du travail sur la douleur est très révélatrice. Il y a comme une forme de management de la tristesse. Les fragilités de l'être ne peuvent pas se régler comme par magie. Ces impératifs de résilience peuvent être très violents pour celui qui souffre.

Pourquoi est-ce précieux d'être consolé ?

Cela nous permet de réfléchir à ce que nous avons perdu. Nous sommes faits des pertes infligées par l'existence. S'arrêter, se poser après un drame, est un apprentissage de la vie. Tout ce qui nous touche intensément, la joie ou la tristesse, nous rend plus ouverts, plus forts et sensibles au monde. C'est aussi être avec l'autre, faire l'expérience de l'altérité dans la douleur. Le consolateur ne guérit pas, il donne les moyens de regarder autrement la souffrance.

Ce besoin d'être ensemble est très fort depuis les attentats du 13 novembre. Que raconte cette consolation collective ?

C'est toujours ce besoin d'être ensemble. Même si nous ne connaissons pas les victimes, elles nous ressemblent, appartiennent à notre univers, représentent nos valeurs. Alors, en dehors des moments fixés par les autorités comme les jours de deuil national et les hommages officiels, les Français ont improvisé leur manière de se consoler. En déposant des bougies, des fleurs, voire des objets inattendus comme des bouteilles de vin ou en offrant des câlins. Ces formes de consolation qui s'inventent et semblent minuscules montrent toute la force de notre démocratie.

La colère, est-ce une forme de consolation ?

La colère aide. Pas la vengeance, ni la haine. Consoler, c'est prendre le temps de comprendre, loin de l'urgence et du discours guerrier. Les larmes disent notre attachement inébranlable à nos libertés. La lutte contre ceux qui veulent abattre nos valeurs ne sera efficace que si l'on cherche les causes. C'est en cela que la philosophie peut prôner une politique de la consolation. Pour affronter et défendre collectivement ce qui nous manque.

Valérie PARLAN.

Le temps de la consolation, Éditions du Seuil, 288 pages, 21 €.

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