Pourquoi on aime regarder certains films ou séries télé en boucle …

PSYCHOLOGIE - "I'll be there for you" ("Je serai toujours là pour toi") dit la ritournelle entêtante du générique de Friends. La série tient sa promesse puisqu’elle passe en boucle à la télé. Et le pire, c'est que vous ne vous en lassez pas.

Il se trouve qu’il y a une raison pour laquelle vous ne pouvez pas vous passez de ces rediffusions, même si vous avez vu les épisodes un million de fois (aucune allusion à l’humour de Chandler). C’est lié à votre psyché. Votre cerveau est accro aux rediffusions de vieux films ou de séries parce qu’ils réveillent invariablement votre nostalgie. C’est aussi pour cela que vous relisez les Harry Potter si souvent, que vous écoutez "Hello" d’Adele pour la millième fois ou que vous vous repassez Love, Actually chaque 24 décembre.

"Il y a énormément de choses que nous ne nous sentons pas du tout obligés de revoir ou de relire", explique le psychologue Neel Burton, auteur de Heaven and Hell: The Psychology of the Emotions, au Huffington Post. "Notamment dans un monde qui nous donne accès à une quantité illimité de divertissement et de produits culturels. Les œuvres que l’on se sent obligé de revoir ou de relire sont celles qui nous procurent un sentiment de confort ou une mise en perspective.

Voilà comment ça marche: la nostalgie imprègne votre vie intérieure en tant que source de réconfort dans laquelle vous pouvez puiser chaque fois que vous vous sentez seul-e ou mélancolique. Les souvenirs nous font du bien, et s’échapper du quotidien est encore plus agréable. Surtout que l’effort à fournir est relativement faible et la récompense (telle la perçoit notre cerveau), élevée, selon M. Burton.

"Notre quotidien est monotone, même souvent absurde," explique-t-il. "La nostalgie peut nous offrir un contexte, une mise en perspective et une direction nécessaires, en nous rappelant que la vie n’est pas aussi banale qu’elle y paraît, ce qui nous rassure. Elle dit aussi qu’il y a eu – et qu’il y aura encore – des moments et des expériences importants."

Les chercheurs ont découvert que la répétition jouait également un rôle dans ce phénomène. Les gens adorent ce qui est prévisible. Comme l’explique Derek Thompson dans The Atlantic, revoir ou réécouter quelque chose nous procure du bien-être car elle est très facile à comprendre:

L’"effet de simple exposition", le terme scientifique qui correspond à cette sensation, signifie que nous aimons quelque chose pour la simple raison que nous y avons été exposés précédemment. Il est donc prouvé que nous nous repassons des chansons que nous aimons mais aussi que leur écoute répétée nous les rend de plus en plus appréciables (jusqu’à un certain point!).

L’effet de la répétition et la nostalgie sont irrésistibles pour votre cerveau.

Cela dit, la valeur du souvenir varie selon les cultures. "Notre forme de nostalgie n’est peut-être pas une émotion intemporelle et universelle comme la peur ou la colère," précise M. Burton.

Le concept de nostalgie, idéalisation plus abstraite de périodes ou de personnes éloignées, n’est pas nécessairement lié à un déclencheur spécifique. Les Romains, par exemple, appelait ce phénomène memoria praeteritorum bonorum, c’est-à-dire notre propension à idéaliser le passé.

Il est donc logique que les définitions culturelles de la nostalgie varient d’un endroit et d’une période à l’autre, même aujourd’hui. Ce que certains Américains considèrent comme un souvenir réconfortant de leurs jeunes années ou de leur période préférée (ex: Friends) diffère en Italie, par exemple, où les gens peuvent avoir grandi avec une série différente, ou sans télé. Le résultat est le même, mais le déclencheur ou le processus qui nous mène à la nostalgie peut être complètement différent.

Pour M. Burton, notre attrait pour les rediffusions n’a rien d’inquiétant car les souvenirs n’ont rien de fondamentalement nocifs, tant que l’on n’idéalise pas le passé ou qu’on n’en est pas prisonnier. En fait, la nostalgie présente même certains avantages scientifiques: les études montrent qu’elle peut rendre les gens plus optimistes quant à l’avenir et contrer la solitude et l’anxiété.

"Chaque fois que l’on regarde une rediffusion, c’est comme si l’on retrouvait des amis, que l’on se racontait les derniers potins et que l’on vivait de nouvelles aventures", analyse-t-il. "Bien sûr, le nombre d’épisodes n’est pas illimité et une fois que la série est terminée, que peut-on faire sinon les revoir?"

Et c’est ce que vous ferez. Du coup, on se permet de donner à votre vie le titre d’épisode suivant: "Celui où Friends passe en boucle".

Cet article, publié à l’origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Laura Pertuy pour Fast for Word.

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