Les livres sont-ils les derniers totems et tabous ?


PSYCHOLOGIE - En écrivant un article sur les livres: "Pourquoi est-ce si difficile de se débarrasser de ses livres?", je me suis attirée l'hallali des bibliophiles qui ont pensé que je condamnais leur passion et qu'il fallait mettre tous les livres au bûcher.

Il me semblait important de rétablir quelques vérités, occultées par la vindicte bibliophile.

1. Le blog parle avant tout de psychologie de l'habitat, du lien inconscient que nous entretenons avec notre habitat. La maison est un corps matériel qui cristallise nos émotions, liées au vécu, à l'expérience, aux rêves, etc

Il est souvent difficile de parler d'une manière générale, puisque chaque cas est particulier. Et c'est ce qui est ressorti des commentaires. Alors que j'évoquais des caractères généraux, par définition, usant du conditionnel... chacun a répondu par "moi je...", "moi, mes livres", "moi... moi... moi".

La parole individuelle a pris le pas sur l'exposé général.

2. Le livre, comme tout objet, a deux facettes. Le signifiant et le signifié.

Le signifiant: c'est l'aspect matériel de l'objet. Le signifiant d'un livre, c'est du papier, de l'encre et de la colle. (inutile de vous emballer, attendez de lire le signifié)

Le signifié est tout ce que nous projetons sur le livre, les émotions suscitées par son contenu, le plaisir que l'on a à le tenir en mains, à le relire, à le partager... Le signifié est par essence personnel. Vous pouvez rester de marbre face à un livre que j'aurais adoré et inversement. Vous pouvez être sensible à un auteur, mais détester un autre. Le signifiant reste le même (l'objet), le signifié est polymorphe. Notre propre signifié évolue aussi avec le temps.

Alors que je parlais de manière froide et détachée du signifiant, les lecteurs qui ont fait part de leur mécontentement de manière légitime, sont restés sur le signifié. Et c'est naturel. Les émotions prennent le pas sur le rationnel.

3. Le message du désencombrement

Parfois dans nos vies, nous faisons face à des épreuves, des freins... et le livre (signifiant) par sa vibration imprègne notre inconscient de manière subtile et profonde.

Mon erreur a été de faire un résumé caricatural: "Si vous collectionnez les livres sur les batailles napoléoniennes ne vous étonnez pas de toujours être sur la défensive".

Une accumulation de livres (signifiants) sur un sujet est là à cause de notre curiosité. Or notre curiosité, lorsqu'elle est satisfaite, nous permet de passer à autre chose, de découvrir de nouveaux territoires. Tant qu'elle n'est pas comblée, nous cherchons, nous explorons, nous nous approprions.

Le livre (signifié) nous aide grâce à son histoire, ses personnages, une identification qui nous permet d'appréhender le monde. C'est un rite de passage (la fameuse transmission des livres d'une génération à une autre). Le plaisir de la lecture est un signifié. Il nourrit notre imaginaire.

Si vous lisez des thrillers, cela ne fait pas de vous un sociopathe (comme certains bibliophiles l'ont cru), mais cela vous permet d'affronter vos peurs, vos angoisses, vos stress, etc. Comme les enfants qui aiment jouer à se faire peur.

4. L'héritage

L'article se termine de manière un peu abrupte (je l'avoue) sur la phrase suivante: "Si vous voulez garder trace de vos lectures, tenez un livre de bord. Avec le titre et les références du livre, un rapide résumé et votre appréciation. Ce sera plus agréable à léguer à vos enfants que ces livres qui finiront à la poubelle, inexorablement..."

Ayant terminé précédemment un article sur le poids émotionnel des objets hérités. Cette phrase résonnait encore en moi alors qu'elle était totalement étrangère aux personnes n'ayant pas suivi l'article.

Pour faire court, j'ai occulté d'expliquer que souvent, on conserve des objets en pensant les léguer, mais que les légataires, n'ayant pas le même signifié que nous sur l'objet, s'en débarrassent sans complexe.

Et, (je sais que cette phrase va vous fendre le cœur, mais c'est une réalité) c'est aussi le cas pour les livres. Quand vous habitez un petit deux-pièces dans une grande ville, il est difficile d'avoir envie de récupérer une bibliothèque entière. On se concentre sur quelques livres qui nous ont plu, qui évoquent des souvenirs, qui nous rassurent (signifiés). Par contre si vous léguez à vos enfants un livre de bord racontant votre expérience avec les livres, les commentaires personnels... vous laissez le choix à vos légataires d'avoir la curiosité de les lire, de se les approprier.

Ce n'est plus un legs imposé, vous leur offrez la liberté...

5. Le livre ne sacralise pas la culture

Le livre (signifiant-objet) n'est pas l'unique représentation culturelle. Se séparer de ses livres ce n'est pas tomber dans l'obscurantisme (comme je l'ai lu dans un commentaire). Aujourd'hui, la transmission se fait d'autres manières.

Sacraliser les livres comme unique source d'information est nier l'évolution technologique et la possibilité d'obtenir les livres (signifiés) de manière quasi immédiate via le numérique ou en livraison en 24h par les librairies du net.

Est-ce que vous devenez inculte (privé de culture) parce que votre maison a brûlé et votre bibliothèque avec? Non, l'expérience acquise par les livres (signifié) reste, même si le signifiant a disparu. Et c'est la substance du message. Quand vous avez fini votre expérience (signifié) avec le livre, vous pouvez le donner, le partager, le vendre. Vous savez que son essence (signifié) est permanente. Cela vous détache du matériel (signifiant) et vous permet de vous concentrer sur l'essentiel.

Alors oui, je fais mon mea culpa. L'article était un peu maladroit. Les raccourcis pouvant être mal interprétés.

Toutefois je réitère le message de l'article: ne conservez les livres que vous aimez, que vous lisez, que vous regardez, que vous utilisez. C'est ainsi qu'ils ont une valeur (signifié) et si vous faites partie de ceux qui sont rassurés par leur présence, conservez-les précieusement, vous en avez besoin, ils font partie de votre vie.

Lire aussi :

• Pourquoi est-ce si difficile de se séparer des livres?

• Héritage: le poids émotionnel des objets

• Les plus belles bibliothèques à travers le monde

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