La fausse psychologue exerçait en tant qu’experte judiciaire

Une femme de 55 ans dépourvue de tout diplôme a comparu jeudi au tribunal de Toulouse pour avoir usurpé le titre de psychologue et d'expert judiciaire, et ainsi livré plus de 400 expertises qui ont parfois brisé des vies. La représentante du parquet, Brigitte Lanfranchi, a requis trois ans de prison, dont 15 mois ferme, contre Régine Labeur, qualifiée de "faussaire qui a menti délibérément et longtemps".

Brigitte Lanfranchi a vivement dénoncé la "démagogie" de la défense qui mettait en cause un manque de vigilance de l'institution judiciaire. "Mme Labeur a produit les documents demandés en faisant des faux, elle a certifié sur l'honneur (...), elle a prêté serment, je n'accepte pas de prise à partie de l'institution dans cette affaire", a tonné la représentante du parquet. Le président du tribunal, Guillaume Roussel, s'était, lui, interrogé en début d'audience sur d'éventuels "dysfonctionnements".

La plupart des faits se sont déroulés dans le ressort de la cour d'appel de Bordeaux, mais l'instruction et le procès ont été dépaysés vers Toulouse pour plus de sérénité, parce qu'un grand nombre de magistrats bordelais avaient eu affaire à la prévenue. Régine Labeur avait fabriqué de faux diplômes de psychologie en 2003 et s'était fait immatriculer comme psychologue auprès de la direction départementale des affaires sociales de Périgueux. Elle avait ensuite réussi à se rapprocher des milieux policier et judiciaire pour obtenir son inscription sur la liste des experts psychologues début 2005. Elle avait été démasquée en avril 2009 quand son troisième mari, placé en garde à vue pour violences conjugales, l'avait dénoncée.

Des vies brisées

Cette femme blonde, à la mine discrète, timide et parfois au bord des larmes, a rappelé qu'elle avait immédiatement tout reconnu, parlant "d'un grand soulagement que cet engrenage malsain s'arrête". Dépourvue de diplôme, ancien chauffeur de taxi, comptable pour son mari, elle a expliqué à l'audience qu'elle s'était "passionnée pour la psychologie", car un de ses compagnons avait "abusé sexuellement de sa fille". Elle a reconnu "avoir fait du mal à beaucoup de gens", mais elle a assuré qu'elle avait été "impartiale" dans ses expertises.

Le président a relevé que ces expertises avaient dû lui rapporter 70 000 euros en trois ans. Mais il s'est aussi appuyé sur les rapports d'autres experts sur le cas de Régine Labeur pour estimer que "c'est moins le goût du lucre que le désir d'être reconnue qui l'a motivée". Plusieurs parties civiles ont dit ne pas reconnaître dans cette personne timide "l'expert catégorique" qui s'exprimait devant les tribunaux. Me Sylvie Noachovitch a même parlé de "méchanceté" de l'experte et a demandé 50 000 euros de dommages et intérêts pour une mère qui s'était vu retirer la garde de ses deux enfants au profit de son mari sur la base d'un rapport de la fausse experte. "Il a fallu quatre ans pour que ma cliente puisse retrouver la garde de ses enfants, le préjudice est énorme", a souligné l'avocate.

D'autres expertises en matière de délits sexuels ont accablé des innocents ou au contraire discrédité la parole de victimes, ont renchéri d'autres avocats. Le tribunal rendra sa décision le 20 septembre, a indiqué le président Roussel.

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